Entraîner un cerveau en déclin
Un programme ayant amélioré les capacités cognitives d’adultes en bonne santé peut-il faire la différence pour les personnes atteintes de troubles cognitifs légers ?
6 novembre 2026 | par Sophie Lorenzo
Henri* est un universitaire actif, âgé de plus de 80 ans, qui se tient au courant des avancées scientifiques dans son domaine et continue de collaborer à des projets avec des collègues universitaires. Vous seriez sans doute surpris d’apprendre qu’il y a un an, on lui a diagnostiqué un trouble cognitif léger (TCL) – une forme peu connue de neurodégénérescence. Henri et son épouse ont cherché à obtenir un diagnostic après un long voyage à l’étranger au cours duquel il s’était senti désorienté et avait eu du mal à comprendre des choses simples – un comportement inhabituel pour cet homme, d’ordinaire vif d’esprit.
« Les problèmes rencontrés par les personnes atteintes d’un trouble cognitif léger sont, comme leur nom l’indique, encore considérés comme légers. Bien qu’ils ne soient pas aussi graves que les symptômes de la démence, ils vont au-delà de simples trous de mémoire et de difficultés à se souvenir des noms », explique le Dr Étienne de Villers-Sidani, neurologue à la Clinique neurocognitive du Neuro (Institut-Hôpital neurologique de Montréal) et chercheur principal d’une nouvelle étude sur le TCL financée par les NIH et menée exclusivement à l’Unité de recherche clinique du Neuro.
Nous espérons constater une augmentation du taux d’acétylcholine chez les personnes présentant déjà des signes de neurodégénérescence. Si cet entraînement pouvait avoir un effet protecteur, ce serait formidable.
Une baisse des substances essentielles
À mesure que nous dépassons le cap de la cinquantaine, une substance chimique présente dans notre cerveau, appelée acétylcholine, commence naturellement à diminuer, ce qui entraîne des problèmes mineurs de mémoire et de concentration. L’acétylcholine est la substance qui déclenche la plasticité neuronale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à établir de nouvelles connexions et à mieux apprendre.
Les personnes atteintes de TCL connaissent une baisse plus marquée que la moyenne du taux d’acétylcholine, ce qui se traduit par davantage de problèmes de mémoire, de langage, de réflexion et de jugement. La Société Alzheimer du Canada souligne que, même si ces changements n’affectent généralement pas l’autonomie globale des personnes concernées, celles-ci ou leurs proches peuvent tout de même les remarquer.
« Le diagnostic m’a surpris », explique Henri. « Je ne me sens pas différent : je vais à des réunions, je me tiens au courant de la littérature scientifique. J’ai l’impression d’être le même qu’avant ». Cependant, ce diagnostic a permis d’expliquer certains changements de comportement que sa femme depuis plus de 20 ans, Mireille*, avait remarquer. « Le plus difficile a été son irritabilité », explique-t-elle. « Ça ne lui ressemble pas du tout. Et aussi sa dépendance ; il a besoin de mon avis pour tout dans notre quotidien. Ça a été un changement majeur ».
Lutter contre le déclin lié à l’âge
« Les causes des TCL ne sont pas encore bien comprises : elles peuvent être d’origine vasculaire ou liées aux mêmes dépôts protéiques que ceux qui provoquent la maladie d’Alzheimer. Si nous savons que ce trouble peut augmenter le risque de développer une démence chez certaines personnes, chez d’autres, la condition peut rester relativement stable », poursuit De Villers-Sidani.
Les résultats d’un essai clinique historique mené au Neuro et publiés l’automne dernier ont confirmé qu’il était bel et bien possible d’améliorer nos capacités cognitives. Il a été démontré qu’un programme d’entraînement cérébral hautement spécialisé, suivi quotidiennement pendant trois mois, augmentait le taux d’acétylcholine chez des adultes en bonne santé, le ramenant à des niveaux équivalents à ceux d’une personne de dix ans plus jeune. Il s’agissait de la première intervention (y compris les traitements médicamenteux) à démontrer une inversion du déclin cognitif.
Cet entraînement cérébral spécialisé pourrait-il donc produire des résultats similaires chez les personnes atteintes de troubles cognitifs légers? C’est ce que ce nouvel essai clinique espère découvrir.
Les personnes atteintes de TCL connaissent une baisse plus marquée que la moyenne du taux d’acétylcholine, ce qui se traduit par davantage de problèmes de mémoire, de langage, de réflexion et de jugement.
Une gymnase pour votre cerveau
Comme pour tout programme d’entraînement, la régularité et la répétition sont essentielles. L’intervention étudiée dans l’essai INHANCE-MCI repose sur un programme en ligne à suivre chez soi, sur un ordinateur ou une tablette, à raison de 30 minutes par jour pendant 3 mois. Les exercices proposés dans le programme deviennent progressivement plus difficiles, faisant appel à plusieurs sens à la fois et exigeant une concentration accrue pour être réalisés. L’accélération du rythme des exercices a un impact particulièrement important sur la vitesse de traitement de notre cerveau, ce qui est essentiel pour l’attention.
« Dans ce nouvel essai clinique, nous espérons constater une augmentation du taux d’acétylcholine chez les personnes présentant déjà des signes de neurodégénérescence. Si cet entraînement pouvait avoir un effet protecteur, ce serait formidable. Nous sommes optimistes, mais il faudra voir quel sera l’impact du programme, s’il y en a un », conclut le Dr de Villers-Sidani.
Les personnes diagnostiquées avec un trouble cognitif léger pourront participer à l’étude. Contactez l’Unité de recherche clinique du Neuro au (514) 398-4988, neurocog-cru.neuro@mcgill.ca, ou consulter le site cru.mcgill.ca/fr/ad_fr.
*Des pseudonymes ont été utilisés afin de préserver la confidentialité des patients.
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