Répondre aux besoins non satisfaits des personnes atteintes de la SP
Trois nouveaux essais cliniques menés au Neuro visent à moduler plus précisément la réponse immunitaire, notamment chez les patients avec une progression inactive de la maladie
17 juin 2026 || par Sophie Lorenzo
Il y a à peine dix ans, il aurait été difficile d’imaginer à quel point la vie de nombreuses personnes atteintes de la sclérose en plaques (SP) allait s’améliorer. Aujourd’hui, les traitements les plus récents permettent de réduire considérablement les poussées et l’inflammation, permettant ainsi à de nombreuses personnes de conserver une bonne qualité de vie pendant de nombreuses années après leur diagnostic.
Cependant, pour les personnes atteintes de la SP dont le handicap progresse malgré les traitements actuels, l’avenir peut être bien différent. Les chercheurs de l’Unité de recherche clinique du Neuro (Institut-Hôpital neurologique de Montréal) étudient de nouvelles approches qui pourraient contribuer à ce qu’aucun des 90 000 Canadiens vivant avec la SP ne soit laissé pour compte.
Progression sans nouvelles lésions
« Nos traitements standards peuvent être très efficaces pour ralentir et prévenir l’apparition de nouvelles lésions cérébrales. Cependant, nous continuons d’observer certains patients présentant une “progression inactive” : leur handicap s’aggrave progressivement, même en l’absence de poussées ou de nouvelles lésions visibles à l’IRM. Les raisons de ce phénomène restent floues, mais nous pensons qu’il pourrait être lié à une inflammation cérébrale persistante que les traitements actuels ne parviennent pas à éliminer complètement », explique le Dr Simon Thebault, clinicien-chercheur et investigateur principal des essais cliniques sur la SP au Neuro.
La SP est une maladie auto-immune chronique du système nerveux central, dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur le cerveau et la moelle épinière, notamment la myéline, c’est-à-dire la gaine protectrice des fibres nerveuses. Les lymphocytes B jouent un rôle central en produisant des anticorps et en coordonnant d’autres cellules immunitaires impliquées dans l’inflammation. Avec le temps, ces lésions peuvent entraîner la formation de tissu cicatriciel et des dommages aux fibres nerveuses, provoquant des troubles de la vision, de la mémoire, de l’équilibre, de la mobilité et d’autres fonctions neurologiques. La maladie débute souvent au début de l’âge adulte par des « rechutes », ou crises de symptômes neurologiques, mais elle peut aussi évoluer vers une « progression », caractérisée par une aggravation plus graduelle au fil du temps.
Nous pensons que les inhibiteurs de la BTK pourraient cibler certains aspects de l’inflammation cérébrale que les traitements actuels ne nous permettent pas d’atteindre.
Inhiber le système immunitaire
Les traitements actuels les plus efficaces agissent en éliminant une grande quantité de lymphocytes B circulants, un facteur clé de l’activité de la sclérose en plaques. Un nouvel essai clinique mené au Neuro étudie si en bloquant une enzyme appelée BTK nous pourrions moduler la réponse immunitaire de façon beaucoup plus précise et atteindre l’inflammation sous-jacente. La BTK joue un rôle essentiel dans l’activation et la signalisation des lymphocytes B, c’est-à-dire en aidant ces derniers à détecter les cibles et à coordonner l’attaque par d’autres cellules immunitaires.
« Nous pensons que les inhibiteurs de la BTK pourraient cibler certains aspects que les traitements actuels ne permettent pas d’atteindre. Premièrement, en bloquant une enzyme essentielle impliquée dans l’activation et la signalisation des lymphocytes B, ils pourraient réduire cette activité sans éliminer tous les lymphocytes B », explique Thebault.
« Deuxièmement, ce sont de petites molécules capables de pénétrer dans le système nerveux central, où elles pourraient potentiellement cibler certains types d’inflammation difficilement accessibles aux traitements actuels. Par exemple, elles pourraient agir sur la microglie, des cellules immunitaires présentes dans le cerveau et dont on pense de plus en plus qu’elles contribuent à la progression de la maladie », conclut-il.
Cibler la progression
Bien que cette approche soit encore à l’étude, les résultats précoces dans d’autres essais cliniques sur les inhibiteurs de BTK se sont révélés prometteurs, notamment pour ralentir la progression des lésions inactives. Le Neuro mènera prochainement trois essais cliniques évaluant l’efficacité des inhibiteurs de BTK dans le traitement de la SP, dont un est déjà ouvert aux patients. En cas de succès, ces traitements pourraient constituer une nouvelle option thérapeutique importante pour les personnes atteintes de la SP.
Les personnes âgées de 18 à 65 ans, atteintes de la SP, dont la maladie n’est pas bien contrôlée par les traitements actuels et qui présentent une progression malgré l’absence de nouvelles lésions à l’IRM, peuvent contacter l’Unité de recherche clinique pour obtenir plus d’informations : ms-cru.neuro@mcgill.ca; cru.mcgill.ca/fr/sp.
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☎ (514) 398-5500
⇨ cru.mcgill.ca/fr/sp
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