La stimulation cérébrale électrique peut-elle soulager l’ataxie de Friedreich ?
Une technique non invasive pourrait atténuer les symptômes des personnes atteintes de cette maladie neurodégénérative
23 mars 2026 | par Sophie Lorenzo
Saviez-vous que votre cerveau produit constamment de l’électricité ? Impossible de recharger votre cellulaire, mais ces impulsions électriques sont essentielles au fonctionnement de votre cerveau, permettant la communication entre les neurones. Plus étonnant encore, puisque chaque mouvement d’une charge électrique crée un champ magnétique, l’activation synchronisée d’un grand nombre de neurones dans votre cerveau produit des champs magnétiques mesurables, voir détectables à l’extérieur de votre tête.
Grâce à cette intersection de la physique et de la biologie, la stimulation cérébrale est actuellement étudiée pour traiter plusieurs troubles du mouvement, notamment dans le cadre d’un nouvel essai clinique mené au Neuro (Institut-Hôpital neurologique de Montréal). Cet essai vise à déterminer si cette approche pourrait soulager temporairement les symptômes des personnes atteintes d’ataxie de Friedreich.
Circuits défectueux
L’ataxie de Friedreich (AF) est caractérisée par la dégénérescence progressive des fibres nerveuses, ce qui entraîne une réduction de la transmission des impulsions nerveuses et, par conséquent, une diminution de l’activité électrique des neurones, notamment au niveau des voies responsables de la sensibilité et de la motricité.
« L’ataxie de Friedreich provoque une atrophie du cervelet, une partie du cerveau essentielle pour la coordination et le contrôle moteur. Une voie reliant le cervelet au cortex cérébral est particulièrement touchée et son altération pourrait jouer un rôle déterminant dans l’apparition des symptômes de l’AF. Cette étude vise à soulager certains symptômes de l’ataxie chez les patients, tout en confirmant si cette voie est impliquée dans le développement de l’ataxie de Friedreich », explique Massimo Pandolfo, MD, directeur médical de l’unité de recherche clinique Neuro (Neuro CRU), expert international de l’AF et investigateur principal de cette nouvelle étude au Neuro.
Nous pensons que la stimulation cérébrale électrique nous permettrait de rétablir temporairement les connexions défectueuses dans le cerveau, ce qui pourrait atténuer les symptômes pendant plusieurs jours et soulager les patients.
Activer le courant
Le Neuro sera le seul site canadien participant à cet essai clinique international. L’essai étudiera comment l’architecture fonctionnelle du cerveau est altérée dans l’ataxie de Friedreich et dans quelle mesure elle pourrait être corrigée grâce à la stimulation cérébrale profonde transcrânienne (tDCS), une technique non invasive qui envoie un faible courant électrique à des électrodes placées sur le cuir chevelu. Ce courant excite les neurones du cervelet, en particulier la partie (le noyau dentelé) qui est essentielle à la coordination des mouvements, à l’équilibre et à la posture.
« Le courant électrique sera transmis de la surface du crâne aux structures profondes du cerveau, activant les neurones du cervelet et provoquant leur décharge électrique. Nous pensons que cela nous permettrait de rétablir temporairement les connexions défectueuses au sein du cerveau, ce qui pourrait atténuer les symptômes pendant plusieurs jours et soulager les patients », explique le Dr Pandolfo.
Cet essai s’appuie sur les données publiées d’une étude pilote européenne ayant testé la même intervention et démontré des améliorations notables de l’équilibre, de la parole et de la dextérité, évaluées à l’aide de l’échelle standardisée d’évaluation de l’ataxie (SARA). La présente étude est menée en collaboration avec les chercheurs européens ayant réalisé l’étude pilote.
Trouver des réponses
Pour les patients, les progrès dans la compréhension de la maladie sont importants, mais ils doivent déboucher sur des solutions.
Nick* est un professionnel hautement qualifié qui avait une carrière prometteuse lorsqu’on lui a diagnostiqué la FA au début de la vingtaine. Il a finalement dû mettre sa carrière sur pause pour se soigner. Il y a plus d’un an, il a participé à une étude observationnelle sur la FA au Neuro.
« Il reste encore beaucoup de questions concernant cette maladie, et nous devons mieux comprendre notre pathologie pour pouvoir développer des traitements. Je suis convaincu que des études comme celle-ci sont bénéfiques pour la communauté », explique-t-il.
Cet essai s’appuie sur les données publiées d’une étude pilote européenne ayant démontré des améliorations notables de l’équilibre, de la parole et de la dextérité, sur l’échelle standardisée d’évaluation de l’ataxie (SARA).
Des changements en temps réel
La nouvelle étude comprendra une brève IRM de 15 minutes afin de cartographier le cerveau de chaque participant et ainsi cibler précisément la stimulation électrique. Les participants passeront également un examen de magnétoencéphalographie (MEG), ainsi que des évaluations cliniques pour mesurer l’efficacité de la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) sur leurs symptômes.
« La MEG est comparable à ces anciens sèche-cheveux sur pied utilisé dans les salons de coiffure, mais en beaucoup plus grand. Il n’y a aucun contact avec la tête. L’examen est sans douleur et non invasif. L’appareil est doté de nombreux capteurs qui enregistrent le champ magnétique généré par les impulsions électriques du cerveau. Il fournit ainsi une cartographie haute résolution de l’activité cérébrale et permet d’observer les changements en temps réel », explique le Dr Pandolfo.
Le co-chercheur de l’étude est Sylvain Baillet, PhD, chercheur de premier plan en imagerie cérébrale et en électrophysiologie multimodale et directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). Il évaluera les modifications caractéristiques des réseaux cérébraux, véritables signatures de l’ataxie de Friedreich (AF), qui permettent aux scientifiques de différencier les résultats de la stimulation électrique chez les personnes atteintes d’AF de ceux observés chez les participants en bonne santé, qui serviront de groupe témoin.
Ses travaux seront également importants pour déterminer si les effets positifs de la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) sont liés à des modifications de la connectivité fonctionnelle entre le cervelet et le reste du cerveau.
L’ataxie de Friedreich est une maladie mortelle. L’espérance de vie moyenne est de 35 à 40 ans […. ] Nous devons combiner les effets de plusieurs traitements émergents afin d’élaborer un protocole véritablement efficace.
Un besoin urgent
Pour les patients, cette recherche revêt une réelle urgence. Nick espère que des études comme celle-ci déboucheront sur de meilleures options thérapeutiques. Depuis dix ans, il s’efforce de tirer le meilleur parti des thérapies complémentaires en attendant que la direction de la santé du Québec rembourse le premier médicament approuvé par Santé Canada pour l’ataxie de Friedreich (AF) : Skyclarys.
« L’AF est une maladie mortelle. L’espérance de vie moyenne est de 35 à 40 ans, et j’approche de la quarantaine. Ce nouveau médicament ne guérit pas, mais il représente un pas dans la bonne direction. Nous devons combiner les effets de plusieurs traitements et thérapies émergents afin d’élaborer un protocole véritablement efficace contre l’AF », souligne-t-il.
Parmi ces modes de traitement potentiels, la stimulation électrique cérébrale pourrait constituer une option rapidement accessible, si l’étude s’avère prometteuse.
« L’avantage d’utiliser une forme de thérapie existante est que, si elle est efficace, les patients peuvent y avoir accès rapidement. Les participants à l’essai qui bénéficieront de la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) pourront poursuivre leur traitement à l’unité de recherche clinique en neurosciences (Neuro CRU) », conclut Pandolfo.
*Le nom a été changé afin de protéger la confidentialité du patient.
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Les adultes atteints de l’ataxie de Friedreich, quel que soit le stade de la maladie peuvent communiquer avec nous:
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☎ (514) 398-5500
⇨ cru.mcgill.ca/mvtdisorders
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